
Par Béatrice :
J’avoue à ma grande honte (rétrospective) que je ne connaissais rien de David Abiker avant de me lancer dans cette aventure proposée par Sophie de faire une critique littéraire sur son dernier livre « Le mur des lamentations ».
Puis j’ai reçu le livre. Déjà la couverture m’est apparue à la fois « choc » (les petits bonhommes en noir portant tous un fardeau différent) mais aussi « drôle » par la petite phrase sous le titre « tous victimes et fiers de l’être »… quelque part je me suis reconnue sans encore avoir ouvert le bouquin.
Dès les premières pages du livre, le ton est donné. On balance entre rire et larmes, entre émotions et plaisanterie, entre rêve et réalité. La vie tout simplement. Son héros vient d’apprendre qu’il a un cancer (un « ça ») et dès le moment ou sa vie bascule dans le monde de la maladie, tout un tas de question se pose à lui… tout son univers se recentre en une fraction de seconde sur « lui et son ça ».. il a du mal à le nommer, il a du mal à l’accepter, il a mal tout simplement à son égo qu’il croyait fort et indestructible… or son monde s’écroule. S’en suivent toutes une série de rencontres qui prennent subitement un nouvel éclairage. Maouh (le héros) voit le monde avec un autre regard, il épluche ses concitoyens les uns après les autres : les personnes âgées de la pharmacie, dernier lieu ou l’on cause, les mamans qui attendent leur bambins à la sortie de l’école, le clochard au carrefour qui zizague sur la chaussée et aussi le jeune homme qui partage sa chambre à l’hôpital, les jeunes qui manifestent pour le CPE…
Lui qui jusqu’à maintenant avait été épargné, lui qui avait jusqu’à ce jour réussi tout ce qu’il entreprenait : profession, famille, vie sociale…lui le nanti, bien pensant qui ne comprenait pas qu’on puisse manifester, se plaindre, reprocher, lui qui ne s’était jusque là posé aucune question autre que celle de savoir ce qu’il allait manger, boire, faire de son WE, partir où en vacances,… se trouve au cœur d’une tempête qui l’oblige à « réfléchir », à se poser les bonnes questions.
Je pourrais comparer ce livre à une fable moderne dans laquelle, l’auteur analyse les situations quotidiennes du côté des « victimes », des personnes dites « minoritaires », de celles qui souffrent, qui endurent, qui perdent, qui n’ont pas ou plus… Tout comme Caliméro (et Dieu sait si cette expression représente beaucoup pour moi), il trouve tout « trop injuste », il se réfugie dans la catégorie « victime » pour se faire plaindre, pour qu’on parle de lui, pour qu’on s’occupe de lui, pour qu’on le prenne en compte. Son cancer lui fait découvrir l’autre côté de la barrière, celle qu’il n’a jamais franchie et dont il ignorait (volontairement) l’existence.
Pour finir, je dirai que ce livre est à mettre en toutes les mains, grands et petits, jeunes et moins jeunes, malades et bien portants. Chacun y trouvera une réponse aux questions qu’il se pose, se posera ou s’est posé un jour. Tout le monde a un petit Caliméro qui sommeille en lui.
Par Ecaterina
Je suis rentrée dans ce livre sur la pointe des pieds.
Je l’avais déjà lu, il y a un an. Je l’avais commencé sur un coin de table, dans un salon littéraire, fini dans la nuit. La lecture m’avait intriguée, le sourire cynique de l’auteur qui perce presque à chaque page m’avait souvent fait éclater de rire. Et, malgré ses jérémiades, je m’étais attachée à ce Maouh qui gère son cancer comme il peut et qui demande à la terre entière de le plaindre. Maouh, jeune père de famille, cadre supérieur « surpayé » qui se regarde et regarde le monde qui l’entoure avec les yeux gris de Calimero… Son histoire n’était pas la mienne, mais elle a touché la mère de famille que je suis.
Quand vous m’avez envoyé le livre pour écrire deux mots, Sophie, j’ai décidé de le relire. Geste dangereux.. Il ne faut pas relire un livre qui nous a marqué. Ou alors si, relire Proust, Saint Simon, Chateaubriand… mais relire Abiker…
J’y suis allée sur la pointe des pieds pour voir, une fois la surprise de la première rencontre avec son style original passée, que reste-t-il du Mur des lamentations ?
Et j’ai aimé. J’ai fait la deuxième lecture au second degré. C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut peut-être le lire, ce Mur des lamentations. Non comme l’histoire compliquée d’un jeune homme atteint d’un cancer, mais comme une histoire de la victimisation. Comme un essai sur la façon dont la société médiatique utilise la souffrance pour faire de l’audimat. La victimisation érigée en mode de gouvernement et en loi de société, voilà ce que j’ai vu, avec délice, derrière le jérémiades de Maouh.
Verdict de deux lectures : Le Mur des lamentations est un livre drôle, sensible, intelligent. Comme son auteur, sans doute ?
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